Panafricanisme et ordre mondial : Mbamy de Fochada appelle à une nouvelle stratégie africaine

DISCOURS POLITIQUE du 05 MAI 2026, BAFOUSSAM, CAMEROUN

L’Afrique debout maintenant ou l’épitaphe demain : l’heure du choix de la libération

MBAMY DE FOCHADA
Leader de la Convergence Panafricaine
Président fondateur de l’Alliance Internationale des Panafricanistes pour la Renaissance


Camarades combattants,
Distingués Camarades panafricains,
Peuples d’Afrique et de la Diaspora,
Frères et sœurs luttant pour la dignité et la liberté,
Partisans de la paix, de la solidarité et du vrai développement,
Recevez mes sincères et fraternelles salutations panafricaines.

Je ne prends pas la parole après un long moment de silence pour plaire.
Je prends encore la parole aujourd’hui pour parler vrai et dire vrai.
Je partage ce message avec vous aujourd’hui pour que nos enfants, demain, ne disent pas : « Ils savaient, et ils se sont tus. »
Car c’est à nous, les leaders éveillés et visionnaires, de montrer le chemin aux générations présentes et futures.

L’Afrique est à la croisée des chemins.
Derrière nous : le monde d’hier, celui des tuteurs et des tutelles.
Devant nous : le monde qui vient, celui des rapports de force.
Au milieu de ces deux perspectives et projections, les affrontements pour contrôler l’Afrique et ses ressources. Puisque celui qui arrivera à contrôler l’Afrique gouvernera le monde.

Regardez les faits.
En 1885, à Berlin, on a découpé l’Afrique comme un gâteau. Le mot est de Bismarck, le Chancelier allemand.
Le 20 janvier 2026, à Washington, on a supprimé l’USAID. En soixante-douze heures, dix-sept de nos ministères en Afrique, ont vacillés.
En 2025, l’AGOA s’est éteinte sans un bruit.
Le 28 janvier 2024, l’Alliance des États du Sahel a quitté la CEDEAO.
Le 6 juillet 2024, elle a proclamé sa Confédération.

Le message est clair.
L’ère des perfusions est terminée.
L’ère des décisions a commencé, pour ceux qui osent le changement. Car, quand on veut on peut faire bouger les lignes.

Alors je vous le demande :
Allons-nous subir l’Histoire, ou allons-nous l’écrire ?
Allons-nous tendre la main, ou allons-nous tendre le poing ?
Allons-nous choisir l’épitaphe, ou allons-nous choisir l’épopée ?
Allons-nous choisir la continuité, ou allons-nous oser la rupture totale ?

Car nous ne sommes pas nus.
Nous avons trois sceptres dans nos mains. Ainsi que la volonté politique et la force de la masse critique révolutionnaire que nous devons constituer dans chaque pays, pour amorcer ce changement auquel nous aspirons tous.

Nous avons trente pour cent des minerais qui feront le vingt-et-unième siècle.
Nous avons soixante pour cent des terres arables que le monde convoite et qui sont en train d’être bradées.
Nous avons un milliard quatre cents millions d’âmes, dont sept sur dix n’ont pas trente ans et qui ne demandent qu’à vivre dans un État Providence au regard de nos richesses, potentialités et ressources.

Des sceptres, oui.
Mais des sceptres ne servent à rien si on les tend aux autres, comme nous le faisons en entretenant la continuité des systèmes néocoloniaux en Afrique.

Peuples d’Afrique,
On nous a volé nos archives avant de voler nos terres.
On nous a donné des drapeaux en 1960, mais on a gardé les clés de la porte d’un avenir radieux pour nous et nos enfants.
Les clés de notre monnaie.
Les clés de notre défense.
Les clés de nos données.
Les clés de nos lois.

Le 25 août 1958, Sékou Touré a dit à De Gaulle : « Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage. »
La Guinée fut punie.
Le 29 juillet 1987, à Addis-Abeba, Thomas Sankara a dit : « La dette est une reconquête savamment organisée de l’Afrique. »
Trois mois plus tard, il était assassiné. Car en face, l’ennemi est un système qui agit comme une pieuvre et un cancer contre l’Afrique et ses intérêts.

Aujourd’hui encore, on nous punit quand nous disons non.
Mais le temps du non est venu. Le temps de la révolution panafricaine libératrice.
Oui, le temps pour achever notre processus de décolonisation totale en Afrique.

La néocolonisation et la recolonisation ont changé de costumes.
Elles ne portent plus le casque colonial et tout l’attirail des conquêtes militaires pour la soumission de nos royaumes et tribus, en passant par la destruction de nos fondements politiques, économiques et socioculturels.
Elles portent la cravate et viennent à nous avec diplomatie à travers les différentes formes de coopérations prédatrices et déséquilibrées.
Elles s’appellent « programmes d’ajustements structurels ».
Elles s’appellent « conditionnalités ».
Elles s’appellent « partenariats stratégiques ».

Aimé Césaire nous avait prévenus : « Le colonialisme n’est pas une machine à penser. Il est la violence à l’état de nature. »

Cette violence a quatre visages.

Premier visage : la dette.
Notre dette extérieure atteint 760 milliards de dollars.
Quarante pour cent sont dus à des fonds privés qui nous prêtent à 10 % ce qu’ils empruntent à 2 %.
Pour rééchelonner, on nous demande de privatiser notre eau, notre électricité, nos terres.
La Zambie a négocié trois ans avec BlackRock, le ventre vide.
Le Ghana a remercié 12 % de ses fonctionnaires en 2023, sur ordonnance du FMI.
Kwame Nkrumah, en 1965, avait nommé ce système : « Le néocolonialisme est le pire des impérialismes. »

Deuxième visage : la caserne sous tutelle.
Barkhane s’en va. Africa Corps arrive. AFRICOM reste.
Douze de nos pays hébergent des bases étrangères permanentes.
Soixante-dix pour cent de nos armes sont importées.
En 1897, on a pillé le royaume du Bénin pour « mettre fin à l’esclavage » qu’ils avaient eux-mêmes institué pour leur enrichissement.
En 2011, on a bombardé la Libye pour « protéger les civils » qui, jusqu’aujourd’hui en 2026, ne bénéficient pas de cette liberté et de cette démocratie promises, malgré la destruction de leur pays qui avait pourtant posé les bases d’un État providence pour ce peuple.
Le prétexte change. La prédation demeure.
Et nous subissons, encore et encore.

Troisième visage : le nuage confisqué.
Quatre-vingts pour cent de nos données dorment hors d’Afrique.
Le franc CFA se numérise, mais il reste arrimé à l’euro, sous tutelle du Trésor français.
Starlink couvre le ciel du Sahel avant que nos fibres n’enlacent nos villages.
Qui contrôle la donnée, contrôle le territoire, pour garantir notre dépendance.

Quatrième visage : la loi dictée.
Taxe carbone aux frontières de l’Europe. Normes de Genève. Critères de Washington.
Les tables de la loi sont gravées ailleurs. Nous ne faisons que les réciter.
Sankara, en 1984, avait tranché : « Il faut choisir : ou le champagne pour quelques-uns, ou l’eau potable pour tous. » On nous impose encore le champagne. Pourtant, nous avons le droit, la légalité, la légitimité et la capacité d’opérer les choix qui sont judicieux pour nous et nos peuples.

Mais l’Afrique se lève. Les consciences s’éveillent.
L’AES montre que la rupture est possible malgré tout.
Le Sénégal rouvre ses contrats pétroliers.
La RDC suspend les permis léonins.
Le 2 avril 2024, à Dakar, le Président Bassirou Diomaye Faye a dit : « Ni l’Est, ni l’Ouest. L’Afrique d’abord. » Beaucoup comprennent enfin que les impérialistes qui vampirisent l’Afrique et nos peuples sont tous pareils.

Alors je vous le dis :
La question n’est plus : « Avec qui s’allier ? »
La question est : « Que ne céderons-nous plus jamais ? »

Pour répondre, il nous faut prendre quatre Bastilles, dans le cadre de notre révolution panafricaine libératrice.

Première Bastille : la monnaie, instrument de souveraineté qui reste confisqué.
Depuis 1945, quatorze pays déposent cinquante pour cent de leurs réserves à Paris.
L’Eco, proposé comme subterfuge pour noyer les revendications légitimes des peuples, dort dans un tiroir jusqu’en 2027.
Pendant ce temps, Abuja lance l’e-Naira. Accra lance l’e-Cedi.
Jacques Rueff disait : « La monnaie est une arme. » Nous combattons encore avec le fusil de l’adversaire. Cette bataille, malgré les apparences, va être remportée politiquement.

Deuxième Bastille : la justice.
Quatre-vingt-neuf pour cent des litiges qui nous opposent aux multinationales se plaident à Washington.
Nous signons à Paris. Nous plaidons à Londres. Nous payons à New York.
La justice, comme le canon, a changé de continent. Pourtant, nous avons des compétences qui, jusqu’ici, n’ont pas osé briser ce système inique pour les Africains.

Troisième Bastille : le récit.
En 1897, on appela « expédition punitive » le pillage du Bénin.
En 2011, on appela « protection des civils » la destruction de la Libye.
Le récit écrit par le vainqueur et le puissant fabrique le droit.
Le 31 janvier 2024, l’AES a éteint RFI et allumé sa Web TV du Sahel.
Car, comme l’écrivait Mongo Beti : « Le nègre qui n’a pas d’histoire est un nègre qui n’a pas d’avenir. » À nous de définir notre avenir en posant les bases de la renaissance dans le cadre des États Généraux de nos Nations.

Quatrième Bastille : le pain.
Nous importons quatre-vingt-cinq pour cent de notre blé.
En 2022, la guerre en Ukraine fit bondir la facture de quarante-cinq pour cent.
Pourtant, le Soudan peut nourrir quatre cents millions d’âmes.
Mais on nous dit de planter du cacao, pas du maïs.
C’est la vieille injonction coloniale : « Plantez ce que vous ne mangez pas, achetez ce que vous ne plantez pas. »
Ceci doit largement justifier et motiver notre lutte et nos revendications d’une indépendance réelle et d’une souveraineté totale. C’est pourquoi la Volonté Immédiate de Souveraineté et d’Indépendance Optimale des Nations en Afrique pour un État Providence, la V.I.S.I.O.N POUR UN ÉTAT PROVIDENCE, est pour nous un impératif à la Convergence Panafricaine.

Peuples d’Afrique,
Le temps des constats est fini.
Le temps des serments est venu.
Le temps de l’engagement pour l’Afrique a sonné.
Le temps de la libération totale s’ouvre aujourd’hui pour nous tous.

Je vous propose trois lois. Trois serments. Pour lier le faisceau. Car c’est à nous, et à nous seuls, que notre libération incombe.

Premier serment : la loi des 51 %.
Que toute goutte de pétrole, tout gramme de coltan, toute fibre de coton laisse la majorité de sa valeur sur la terre qui l’a enfanté.
Le Sénégal l’a gravé dans la loi en avril 2024. Que les cinquante-trois autres suivent cet exemple de préservation des intérêts de l’Afrique.

Deuxième serment : la banque du troc panafricain.
Troquer cacao contre engrais, bauxite contre machines, uranium contre hôpitaux, sans demander la bénédiction du dollar.
Nkrumah rêvait d’une banque centrale africaine. Commençons par une chambre de compensation à Accra.

Troisième serment : le ciel à nous.
Des nuages souverains à Kigali et Nairobi.
Des câbles sous-marins tissés par nos mains, de Cape Town à Alexandrie.
Des intelligences artificielles nourries de wolof, de haoussa, de lingala, de swahili.
Car un peuple qui ne code pas sera codé.

Chefs d’État et de gouvernements africains,
Le 27 juillet 2023, à Saint-Pétersbourg, le Capitaine Ibrahim Traoré a repris cette maxime interpellatrice pour nous tous, Africains et Afrodescendants : « Un esclave qui n’assume pas sa révolte ne mérite pas qu’on s’apitoie sur son sort. »

Le monde a entendu.
À nous de ne pas baisser la voix. Engageons maintenant cette révolte pour la fin de la néocolonisation et de l’emprise du système capitaliste oligarchique et impérialiste contre l’Afrique et son développement au profit des peuples africains.

La renaissance africaine sera industrielle, ou elle ne sera qu’une notice nécrologique.
Elle sera militaire, ou nous serons gardés comme des pupilles.
Elle sera numérique, ou nous serons lus, fichés, vendus.
Elle sera multidimensionnelle, parce que l’Afrique est d’abord le berceau de l’humanité et des civilisations.

Le 10 mai 1994, Nelson Mandela déclarait : « L’unité de l’Afrique est une nécessité pour le développement et la prospérité du continent. »
Aujourd’hui en 2026, ce n’est plus une nécessité.
C’est un ultimatum. Et ce qui se passe en Afrique du Sud, avec cette montée de xénophobie contre les Noirs africains, doit être un donné à penser et à réfléchir pour notre avenir à tous, si nous continuons à emprunter la mauvaise voie.

Un milliard quatre cents millions d’âmes.
Un marché.
Une armée.
Une voix.
Voilà l’Afrique pour laquelle nous nous battons avec la Convergence Panafricaine et pour laquelle chacun doit se joindre à la lutte et dans les conditions.

Ou cinquante-quatre solitudes tenant lieu d’États fabriqués et sans indépendances.
Cinquante-quatre monnaies faibles, sans crédibilité et garanties.
Cinquante-quatre capitales politiques sans pouvoir de décision sur la marche du monde.
Cinquante-quatre discours à l’ONU que personne n’écoute.
Cinquante-quatre peuples aux souverainetés toujours bafouées.

Afrique, lève-toi.
Afrique, unis-toi.
Afrique, prends ta place.
Afrique, assume-toi et joue ton rôle.

Ou l’Histoire t’écrira une épitaphe. Car c’est une question de vie ou de mort pour nous, au regard des enjeux géopolitiques et géostratégiques de ce 21e siècle. Les guerres contre l’Iran nous parlent bruyamment.
La sagesse nous commande de changer de cap, d’oser et d’agir dès maintenant, avec engagement, avec foi et détermination, pour faire triompher la V.I.S.I.O.N POUR UN ÉTAT PROVIDENCE.

Ensemble, rendons possible l’impossible.
Ensemble, nous sommes invincibles.

Je vous remercie.

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