Rupture avec Orano : Tiani doit maintenant consolider la crédibilité du Niger

Le général Tiani a remporté une première victoire en dégageant Orano du Niger. Désormais, pour affermir pleinement la souveraineté du pays, il lui appartient de faire preuve de hauteur de vue : assumer les engagements hérités du passé, se montrer magnanime et envisager une compensation en faveur d’Orano.

Oui, ça peut sembler contre-intuitif : On voudrait juste se débarasser des Français à tout jamais et les laisser prendre leur pelle et leur pioche pour creuser leur propre sol à la recherche d’uranium. Notre uranium de notre sol appartient au peuple nigérien.
Pourtant, la question qui se pose aujourd’hui est différente : pour préserver l’avenir du Niger, il est stratégique de régler le différend avec Orano avant d’ouvrir la voie à de nouveaux partenariats, qu’ils soient russes, iraniens ou autres. Une grande nation se distingue par sa capacité à être juste, même envers ceux qui l’ont maltraitée.

Mais pourquoi se préoccuper de ces impérialistes ? Justement pour bâtir une position solide face à elle — et face au monde.

  1. Le respect des engagements internationaux
    Orano s’appuie sur un traité ratifié par le Niger, prévoyant l’arbitrage du CIRDI. Refuser aujourd’hui cet arbitrage équivaudrait à affirmer que la parole du Niger n’a aucune valeur. Cela affaiblirait la confiance de ses partenaires et pourrait pousser d’autres pays de la région, comme le Nigéria ou le Bénin, à devenir des interlocuteurs privilégiés. La souveraineté proclamée serait alors amoindrie dans les faits.
  2. Envoyer un signal fort aux nouveaux partenaires
    Si le Niger accepte l’arbitrage et indemnise Orano, il enverra un message clair à ses futurs partenaires : nous sommes fiables. Un pays qui honore ses engagements, même envers ceux qui l’ont pénalisé, inspire davantage confiance. Le message c’est : “Si j’ai même remboursé ces Français que je déteste, imaginez comme je suis bon envers mes partenaires bienaimés”. À l’inverse, un État perçu comme imprévisible est contourné. On l’observe au Mali et en Centrafrique, où des mafias exportent de l’or à destination des Emirats Arabes Unis sans payer d’impôts.
  3. Construire une alternative crédible au système occidental
    Il faudra s’affranchir maintenant durablement de la dépendance envers les structures comme la Banque mondiale ou le FMI — auxquelles appartient le CIRDI — contrôlées par les pays occidentaux et cherchant leur avantage au détriment de pays comme le Niger. Pour ce faire, il faudra se retirer de ce cadre de manière ordonnée et respectueuse des règles. C’est seulement ainsi que le Niger pourra rejoindre et contribuer pleinement aux institutions alternatives mises en place par la Chine, la Russie ou d’autres puissances émergentes : la Nouvelle Banque de Développement de Shanghai, la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures, etc.
    Pour y trouver une place, le Niger devra prouver qu’il est un acteur sérieux, constant et respectueux de ses engagements, même dans un système qu’il souhaite quitter.

Cher amis, chers patriotes de l’AES, la force d’un pays ne repose pas sur la colère ou les réflexes immédiats, mais sur sa cohérence morale, sa rigueur et sa capacité à inspirer confiance.
Le général Tiani a montré sa détermination à défendre le peuple nigérien contre ses prédateurs. La prochaine étape consiste à incarner une vision à long terme et à projeter le pays dans un nouvel équilibre international. La souveraineté s’obtient rarement sans concessions, mais elle se renforce toujours par la dignité et la constance.

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